Le cratère vert

1 Avr 2018 | Carnet d'aventures

Au coeur de la ceinture de feu du Pacifique, le mont Kawah Ijen signifiant « cratère vert » en javanais, révèle un géant majestueux qui n’est pas comme les autres. Une merveille naturelle offrant un spectacle grandiose et d’autre part l’antre de l’enfer pour les porteurs de souffre qui s’aventurent dans la bouche de l’ogre pour en extraire le précieux minerai. Une scène d’une autre époque qui n’est pas sans rappeler la force de notre terre et la folie de notre humanité, telle que la décrit le célèbre photojournaliste Sebastio Salgodo lorsqu’il expose son travail sur les mines d’or en Papouasie.

Le « trek » du Kawah Ijen est en ce sens hors norme, car il questionne sur la place du tourisme au delà de l’intérêt du volcan. Tous les jours, à la tombée de la nuit, les touristes se pressent pour admirer le phénomène de « blue fire ». Des flammes bleues incendient la surface du lac le plus acide au monde ! Nous croiserons en chemin une centaine de porteurs, pour certains fiers d’affronter le géant, pour d’autres affaiblis par les années passées à extraire le minerai. Ces hommes font peuvent d’un courage incroyable en récoltant le soufre qu’ils transportent chaque jour sur près de vingt kilomètres. Le fameux « cratère vert » est la plus grande réserve de souffre à ciel ouvert au monde, avec près de 36 millions de mètres cubes. Cet « eldorado » en apparence n’est pas exploité directement par un industriel en raison de sa dangerosité. Le volcan, lorsqu’il se réveille, projète des vapeurs de souffre extrêmement toxiques et de l’acide jusqu’à 600 mètres de hauteur !

 

C’est dans le calme de l’aube naissante que nous entamons le chemin du cratère. Nous sommes surpris par une sorte de claquement rythmé et saccadé. Le mystère s’éclaircit très vite en chemin : des porteurs de soufre sont d’ores et déjà au travail. Ils ont entamé la descente des vingt kilomètres qui les séparent de l’usine de traitement de Licin. Ils portent en équilibre sur l’épaule de gros blocs de soufre, répartis dans deux paniers en bambou tressé qui sont reliés par un balancier. La déformation de l’ensemble est à l’origine de ce bruit caractéristique. Plus haut, près d’une cabane en bois, les porteurs arrivent et s’empressent pour peser leur charge. Celle-ci peut atteindre près de 100kg pour les plus jeunes ! Alors que les plus anciens parviennent toujours à porter une bonne cinquantaine de kilos …

Arrivée aux abords du cratère, à plus de 2300 mètres d’altitude, les rayons du soleil révèlent le coeur du monstre. Au fond, le lac du cratère laisse transpercer une couleur vert émeraude qui éclate de beauté. Le spectacle est grandiose tant par le paysage surprenant que pour la composition acide du lac. D’abondantes fumerolles nous indiquent l’emplacement de l’exploitation du soufre. Ici, le sol est jaune. Mais cette couleur vive disparaît sans cesse dans les fumées sulfureuses grises qui lèchent, au grès du vent, les ravines du cratère. La respiration est difficile, voire impossible lorsque l’on s’approche de la zone d’extraction. Imposant parfois une longue apnée entre deux bouffées d’air plus respirable. Dans l’antre du volcan, on y découvre une scène d’un autre âge tant les moyens d’extraction y sont rudimentaires. Le masque à gaz n’est pas toujours à la portée des travailleurs qui se protègent avec un simple chiffon dans leur bouche. Le soufre liquide d’une couleur orangée est canalisé dès sa sortie à l’aide de tuyaux. Les travailleurs y détachent des morceaux de roches refroidies qu’ils brisent à l’aide de simples barres à mine.

Nous voilà au contact d’une communauté, celle des porteurs du Kawah Ijen, qui compte environ 200 travailleurs. Ces hommes peuvent extraire un total de 6 tonnes de soufre par jour pour prétendre à un salaire d’environ 150€ par mois. Ce travail est pour la plupart leur seul moyen de subsistance pour subvenir aux besoins de leur famille. Ces forçats ont une espérance de vie qui ne dépasse pas 50 ans. Malgré ce dur labeur, ce ne sont pourtant pas des esclaves. Un sentiment de fierté se lit très souvent sur le visage de ses conquérants qui défient chaque nuit le monstre Kawah Ijen. Le souffre sera utilisé à divers emplois. Il permettra notamment de soigner les affections articulaires, de participer à la détoxication hépatique ou encore d’agir comme un anti-inflammatoire ou un anti-oxydant …

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En images …

Crédit Photos – © Mandara

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